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Le 3ème congrès international
de radiologie, Paris 1931


Techniques d’exploration gastrique

Étude dynamique par superpositions d’images. Étude dynamique par superpositions d’images.



Double contraste.
Double contraste.

Dès sa fondation, la Société Française de Radiologie considère que l’une de ses missions est de développer des relations internationales : faire connaître la Radiologie française à l’étranger et profiter des avancées réalisées ailleurs. Et d’abord les Etats-Unis où très vite le développement de la radiologie a été important. Ledoux-Lebard avait été instructeur auprès des troupes américaines pendant la guerre ; il manie parfaitement l’anglais et se rend aux Etats Unis très peu de temps après la fin des hostilités. Plus tard, c’est Morel-Kahn, l’un des dirigeants de la Société, qui revient admiratif de son séjour américain : les appareils sont à la pointe du perfectionnement, les salles sont grandes et confortables, le plein-temps hospitalier permet une utilisation optimale du matériel et surtout favorise un dialogue d’égal à égal entre cliniciens et radiologues ; là-bas, les radiologues sont véritablement des cliniciens, c’est bien ce que, depuis 20 ans, préconisent Antoine Béclère et ses disciples : la radiologie est médicale, elle n’est pas seulement technique.
À cette époque, cependant, les radiologues sont assez rarement familiers de la langue anglaise ; les études secondaires classiques donnent la primauté à l’allemand qui, avec ses structures grammaticales, est considéré comme plus noble. Par ailleurs, les voyages en bateau outre-Atlantique sont longs et coûteux. D’autre part, en Europe, le français fait partie du bagage culturel de la plupart des médecins. C’est donc vers les pays européens que se nouent surtout les échanges ; des réunions sont organisées avec les collègues roumains, italiens, allemands mais aussi canadiens français ; d’éminents collègues étrangers sont accueillis à Paris, par exemple Ziedses Des Plantes, promoteur de la tomographie, qui vient faire un exposé à l’une des séances de la Société ruction des physiciens ».

André Dariaux, Secrétaire général de la Société de Radiologie de 1929 à 1953.
Fig.1 : André Dariaux, Secrétaire général
de la Société de Radiologie de 1929 à 1953.

Dès le début de la décennie 1930, on décide de réunir périodiquement les radiologues francophones. C’est à Dariaux (fig.1), qui en 1929 a succédé à Haret comme Secrétaire Général qu’en revient l’initiative. Il prend contact avec la Société Belge de Radiologie et, en 1933, se tient à Paris, avec une participation suisse, le premier Congrès des Médecins Electro-Radiologistes de langue française, présidé par Belot. Les questions à l’ordre du jour, exploration de la muqueuse colique et ondes courtes en thérapeutique font l’objet de rapports de Ledoux-Lebard et de Rechou. Le programme social est remarquable. N’oublions pas qu’à cette époque les médecins, et à plus forte raison les radiologues, sont des notables et tiennent à montrer qu’ils font partie de la « upper-middle-class ». Il y a donc une réception somptueuse, Salle des Alliés sur les Champs-Elysées, en smoking et robe du soir. La réunion suivante se tient à Bruxelles en 1935 et porte sur les nouvelles conceptions en électrodiagnostic et leur influence thérapeutique par Delherm et Fischgold, les courants progressifs de Lapicque par Duhem, la téléroentgenthérapie totale par Cottenot, l’examen radiologique des glandes endocrines par Morelle et la radiologie des syndromes abdominaux par Colaveri. Rappelons qu’à cette époque, les radiologistes sont à la fois radio-diagnosticiens, radiothérapeutes et électrologistes. L’électrologie ne sera abandonnée que dans les années 1960 et Radiodiagnostic et Radiothérapie ne se sépareront que lors de la crise de 1968. Troisième Congrès, à nouveau à Paris en 1936, à la Maison de la Chimie rue Saint Dominique. La Maison de la Chimie sera longtemps le lieu habituel des réunions médicales. C’est là que se tiendront pendant près de 25 ans les Journées de Radiologie qui seront créées après la Deuxième Guerre Mondiale.
Le Quatrième Congrès était prévu en 1938 ; il est reporté à l’année suivante à cause de la crise de Munich ; en 1939, les radiologues ont d’autres préoccupations.
La grande affaire de ces années 1930 pour les radiologues français, c’est le Troisième Congrès International qui se tient à Paris en 1931. Dès les premières années ayant suivi la découverte de Roentgen, des Congrès Internationaux d’Electrologie et de Radiologie Médicale avaient été organisés. Le premier s’était tenu à Paris en 1900 sous la présidence d’un physicien, Weiss ; le septième à Lyon en 1914. Mais après la guerre, la Radiologie s’affranchit de la Physique. On organise donc des Congrès Internationaux de Radiologie Médicale. Le premier a lieu à Londres en 1925, le second à Stockholm en 1928. Le Royaume Uni et la Suède ont été épargnés par la guerre et peuvent, sans trop de difficultés, supporter le coût de l’organisation d’un grand congrès. Bien entendu, à Londres comme à Stockholm, la participation française est importante.
Voici venu, en 1931, le tour de Paris. C’est pour la France, pour la Radiologie Française, pour la Société Française de Radiologie, un honneur et une responsabilité. Le président de la Société pour l’année 1930, Duhem, y insiste. "Ne perdez pas de vue, tous tant que vous êtes, Français, parisiens et provinciaux, que si c’est Paris qui reçoit le Congrès, c’est vous, Société de Radiologie Médicale de France, qui devez en faire les honneurs en vous préparant à publier au Congrès des travaux qui se montrent dignes de votre réputation à l’étranger. Il faut que, dès maintenant, vous animiez vos Services et vos Laboratoires en vue de recherches sérieuses, originales si possible, afin de montrer à la science étrangère qui aura les yeux fixés sur vous que la science française n’a rien à envier à personne".
Tout est mis en œuvre pour donner au Congrès la solennité et le lustre souhaités. Il est placé sous le haut patronage de Paul Doumer, Président de la République et sous la présidence d’honneur de Mme Curie, titulaire de deux prix Nobel (fig.2). La séance inaugurale se tient le 27 juillet 1931 dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne sous la présidence du Ministre de la Santé Publique. Madame Curie souhaite la bienvenue aux 1 300 congressistes venus de 33 pays. Certains d’entre eux ont fait un long voyage en bateau depuis la Chine, le Japon, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande. Une importante délégation allemande a dù annuler sa présence à cause de la grave crise financière que traverse son pays.
Paul Doumer, Président de la République, Madame Curie, Présidente d’Honneur du Congrès. Portraits dans l’ouvrage édité par Masson. Antoine Béclère, Président du Congrès. Portrait dans l’ouvrage édité par Masson.
Fig.2 : Paul Doumer, Président de la République,
Madame Curie, Présidente d’Honneur du Congrès.
Portraits dans l’ouvrage édité par Masson.
Fig.3 : Antoine Béclère, Président du Congrès. Portrait dans l’ouvrage édité par Masson.

C’est Antoine Béclère qui préside le Congrès (fig.3). René Ledoux-Lebard en est le Secrétaire Général. Après les remerciements d’usage à tous ceux « qui ont témoigné au Congrès un si généreux intérêt », Béclère ne manque pas de rappeler qu’il y a déjà eu sept Congrès Internationaux d’Electrologie et de Radiologie avant que la Radiologie médicale ne prenne son indépendance. Jusque-là, dit-il, « la science nouvelle abritait sa jeunesse derrière sa sœur aînée ». Il s’émerveille « du prodigieux développement qu’a pris, avec le perfectionnement des appareils et le progrès de la technique, l’art savant du radiodiagnostic ». « Lumière invisible, ajoute-t-il dans le style fleuri de l’époque, mais qui porte la clarté dans les ténèbres de notre organisme, les rayons de Roentgen sont aussi un feu invisible capable de détruire sur son passage les éléments cellulaires des tissus vivants, et comme s’ils faisaient un choix entre ces éléments d’origines diverses, de détruire les uns à l’exclusion des autres, de supprimer les cellules malades et, parmi elles, les cellules cancéreuses en laissant intactes les cellules saines plus résistantes ». Béclère ne saurait oublier de rappeler « l’admirable découverte, grâce aux efforts conjugués de Madame Curie et de Pierre Curie, de la plus merveilleuse des substances radioactives, victorieusement isolée à l’état de sel pur, le radium ». « Les rayons gamma, précise-t-il, porté par son élan lyrique, sont aux rayons de Roentgen ce que la lumière naturelle des astres est à la lumière artificielle de nos lampes ». L’orateur insiste sur la lutte contre le cancer. C’est déjà un sujet d’actualité et un problème social et politique. « Elle déborde le cadre des hôpitaux, l’activité scientifique des associations médicales et même le zèle des ligues dues à l’initiative privée. De plus en plus elle prend le caractère d’un devoir social qui s’impose à tous les gouvernements ». Pour terminer Béclère traite d’un de ses sujets favoris, l’enseignement. La radiologie doit être enseignée, affirme-t-il avec force, non seulement aux futurs spécialistes mais à tous les praticiens. « Il est nécessaire d’instituer un enseignement général de la Radiologie qui s’adresse à tous les étudiants en médecine sans exception ». il faut donc créer des chaires de radiologie clinique confiées non à des physiciens mais à des radiologues.
Après la remise à Béclère du diplôme de membre d’honneur de plusieurs sociétés savantes étrangères et de docteur honoris causa de plusieurs universitès, après qu’on lui ait offert un maillet d’honneur, le Professeur Forsell, de Stockholm, président du Congrès précédent, prononce en français une conférence sur « la lutte sociale contre le cancer. »
Enfin, le Ministre de la Santé Publique rend hommage au Président Antoine Béclère et assure la communauté radiologique de l’appui gouvernemental.

Les premières pages du volume édité par Masson.
Fig.4 : Les premières pages du volume édité par Masson.

Après cette séance inaugurale, longue comme c’est l’usage, vient le tour des 400 communications. Les congressistes ont reçu un livre des résumés accompagné des portraits de tous les membres des délégations. Plus tard, Masson publiera un volume relié de plus de 1 000 pages (fig.4) comportant en trois langues, français, anglais et allemand, les textes « in extenso » des trois rapports principaux ainsi que des communications relatives aux questions à l’ordre du jour : « exploration radiologique de la muqueuse du tube gastro-intestinal », « traitement pré et postopératoire du cancer du sein par les radiations », « exploration radiologique de l’appareil urinaire par excrétion de substances opaques ».

Le plissement gastrique. Rapport de L.G. Cole.
Fig. 5 : Le plissement gastrique. Rapport de L.G. Cole.
Ulcère de la petite courbure. Cliché radiologique et schéma. Rapport de L.G. Cole.
Fig. 6 : Ulcère de la petite courbure. Cliché radiologique et schéma. Rapport de L.G. Cole.

L’examen de l’estomac en couche mince restera d’actualité pendant les quatre ou cinq décennies suivantes jusqu’à ce que l’endoscopie détrône la radiologie gastroduodénale. Les images qui illustrent le texte sont celles que nous avons longtemps enseignées à nos étudiants (fig.5 et 6). Cole, de New York, l’auteur du rapport, en profite pour affirmer – c’est ce que nous n’avons cessé de marteler : « Deux écoles de radiologie sont apparues. L’une maintient que le radiologiste devrait limiter son activité à l’observation des images radiologique en les décrivant d’après leur degré d’opacité. L’autre applique les données radiologiques à tous les problèmes et fait bénéficier le malade de tous les faits que cette méthode spéciale d’examen a permis d’élucider. Certains préféreront le chemin simple et sûr de la stricte observation et de la description des données radiologiques. D’autres, de tempérament plus aventureux, réalisant que les données radiologiques constituent le fondement du diagnostic, du pronostic et des indications thérapeutiques, se joindront aux pionniers de la grande aventure qu’est l’application des données radiologiques à tous les problèmes médicaux. Ils assumeront une situation dangereuse car ils seront exposés aux blessures et aux flèches empoisonnées de ceux de leurs propres collègues qui ont choisi le chemin facile et aux attaques plus mauvaises des collègues d’autres domaines médicaux qui considèrent le radiologiste tout au plus comme un photographe supérieur sans aucun droit à l’investigation, sans aucun droit à mettre le pied avec sa méthode dans les territoires voisins ».



Voici donc définie, dès 1931, ce que sera la bataille de la Radiologie dans la deuxième moitié du xx e siècle. Parmi les communications complétant le rapport de Cole, il en est une, celle de Vallebona, de Gênes, qui vante la « méthode combinée, basée sur l’emploi associé des substances opaques et des substances transparentes (parois du viscère recouvertes de substance, cavité insufflée) ». Le double contraste fera florès en radiologie digestive cinquante ans plus tard.
Les communications sur la radiothérapie pré et postopératoire du cancer du sein sont d’une grande prudence et se gardent de tout triomphalisme. Elles portent sur plusieurs milliers de patientes. On discute des champs et des doses, de la manière d’éviter les complications post-radiothérapiques, de l’utilité d’adjoindre une curiethérapie par insertion d’aiguilles de radium. Il faudra attendre plusieurs décennies pour que les hautes énergies, le diagnostic précoce et le dépistage modifient les données du problème.
L’urographie intraveineuse en est à ses débuts et le rapport de Haenisch de Hambourg va faire date. C’est très récemment qu’on a mis en évidence la possibilité d’opacifier l’appareil urinaire par l’injection intraveineuse de composés iodés (fig.7). On décrit la technique de l’examen, on montre des images, à vrai dire de qualité médiocre, et on reconnaît qu’« il ne faut en aucune manière considérer la pyélographie par excrétion comme une méthode qui puisse faire concurrence à la pyélographie rétrograde ». C’est tout de même le point de départ d’une spécialité qui va s’épanouir dans les décennies suivantes, la radiologie urinaire.
Au total, le Congrès aura démontré, comme cela était souhaité, que « la science française n’a rien à envier à personne ». La Société de Radiologie en sort sûre de sa force et de sa cohésion.
Fig.7 Urographie intra veineuse
Urographie intra veineuse - Compression Urographie intra veineuse - Tardifs +4 heures
Compression. Tardifs +4 heures

H Nahum J Radiol 2009 ; 90 : 671-4.







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