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Naissance de la Société Françaises
de Radiologie


Antoine Béclère Fig.1 : Antoine Béclère, premier président de la Société de Radiologie.



Georges Haret

Fig.2 : Georges Haret, premier secrétaire générale de la Société de Radiologie.



… en 1986 Le Professeur Brouadel, doyen de la Faculté de Médecine : « Les Rayons X sont une mystification ».

Un membre de l’Académie de Médecine : « Les Rayons X sont une découverte très intéressante mais ils n’auront aucune application en médecine ».

Antoine Béclère, médecin des hôpitaux : « Cette voie m’apparut comme le chemin de la terre promise, je m’y engageais ».




Premiers statuts de la société Française de Radiologie. Premiers statuts de la société Française
de Radiologie.



Evolution du nom de la Société


Évolution du nom de la Société

1909 :
Société de Radiologie Médicale de Paris

1913 :
Société de Radiologie Médicale de France

1937 :
Société d’Électro-Radiologie de France

1947 :
Société Française d’Électro-Radiologie Médicale

1981 :
Société Française de Radiologie Médicale

1992 :
Société Française de Radiologie et d’Imagerie Médicale




 Le premier bureau de la Société de Radiologie Médicale de Paris.
Fig.3 : Le premier bureau de la Société de Radiologie Médicale de Paris.


Janvier 2009 : la Société Française de Radiologie a 100 ans.


Remontons le temps :
pourquoi et comment est-elle née ? Comment s’est-elle développée ?

À l’aide des archives que la Société a constituées et des collections de journaux qu’elle possède, nous donnerons régulièrement un aperçu des événements qui ont jalonné ce siècle d’existence.
Janvier 1909. Voici 13 ans que Roentgen a découvert les rayons X.
Dès les premières semaines, cette découverte a trouvé un écho en France. L’un des promoteurs les plus enthousiastes de la Radiologie est un jeune médecin des hôpitaux, Antoine Béclère (fig.1). Malgré les sarcasmes de ses collègues qui l’accusent de dévoyer la médecine, il croit aux extraordinaires possibilités offertes par ces merveilleux rayons X. Dans son service hospitalier de Tenon, il installe à ses frais, dés 1897, un poste de radioscopie. Il n’y a pas encore de courant électrique à Tenon ; l’installation comporte, comme générateur, une machine électrostatique mue à la main ; les jours d’humidité, il faut l’amorcer avec un doigt chargé d’or. L’hôpital Saint-Antoine est relié au courant électrique ; Béclère demande à y être muté et y crée, toujours à ses frais, un laboratoire radiologique.
Autour du patron s’est constituée une équipe ; Georges Haret (fig.2) et Joseph Belot en sont les principaux membres. Ce sont déjà des radiologues éminents : Belot a publié en 1905 un Traité de Radiothérapie. D’autres jeunes médecins se sont, eux aussi, fait un nom dans cette nouvelle discipline : Bouchacourt, Aubourg, Darbois, René Ledoux-Lebard.
Tous partagent la même opinion : la Radiologie est étroitement liée à la Clinique.

« Nul ne peut devenir un bon radiologiste, écrit Béclère, sans être auparavant un bon médecin ».

Corollaire évidente : la Radiologie ne peut être confiée qu’à des médecins.

Ce qui est une évidence aux yeux de Béclère et de ses amis ne l’est pas pour tout le monde. D’abord feutrée, la bataille radiologique fait rage entre médecins et physiciens. En 1891 a été fondée à Paris une société, la Société Française d’Électrothérapie ayant pour objet l’étude des applications de l’électricité à la biologie et à la thérapeutique. La chance lui sourit lorsque, quatre ans plus tard, apparaissent les rayons X qui, justement, entrent dans son domaine. Tout naturellement, la Société s’intitule en 1901 Société Française d’Électrothérapie et de Radiologie. Lors de ses séances mensuelles, aux communications «classiques» - traitement de la constipation par le courant galvano-faradique, insuccès de l’électrothérapie du fibrome – s’ajoutent des sujets radiologiques: radiographie d’une spina ventosa ou d’une arthrite tuberculeuse.

La Société se veut élitiste : le nombre de ses membres est limité par ses statuts ; parmi eux figurent quelques grands noms de la science française : Madame Curie, d’Arsonval. Quatre congrès internationaux ont déjà été organisés. Béclère fait partie des dirigeants de la Société mais il n’arrive pas à convaincre ses collègues des relations étroites entre Radiologie et Clinique.

On croit entendre les éclats de voix des discussions passionnées. « L’examen radiologique est, au même titre que l’auscultation, une méthode d’examen du corps humain, affirment les uns. La Radiologie fait partie de la Clinique, c’est incontestable ». « Les rayons X sont de nature physique comme les rayons lumineux, rétorquent les autres. C’est d’ailleurs un physicien qui les a découverts. Ils sont, et doivent rester, l’apanage des physiciens ». « On néglige de dire, rajoute-t-on, par qui les progrès de la Radiologie ont été obtenus ; c’est aux physiciens que nous en sommes redevables, on ne doit pas l’oublier. Pour faire de la radioscopie, on a moins besoin de connaissances médicales que de l’instruction des physiciens ».

cours de vacances Il fut un formateur infatigable.


Béclère et ses amis ne se sentent donc pas très à l’aise dans cette Société Française d’Électrothérapie et de Radiologie. Leur réaction est classique : puisque nous ne sommes pas majoritaires ici, nous allons fonder une société dissidente. Les conjurés tiennent une réunion préparatoire au domicile du « patron », rue de La Boétie. La nouvelle société affichera clairement son orientation clinique dans son intitulé : Société de Radiologie Médicale de Paris. Nouvelle réunion une semaine plus tard, le 17 décembre 1908, pour rédiger les statuts et constituer le Bureau (fig. 3). Le Président sera évidemment Antoine Béclère : son prestige est incontesté et il est déjà considéré comme le père de la Radiologie Française. Son bras droit à l’hôpital, Georges Haret, sera Secrétaire Général. On sollicite pour être Président d’Honneur Bouchard, titulaire de la chaire de Pathologie et Thérapeutique Générales ; ce sera une caution précieuse ; il est, lui aussi, un partisan fervent de la Radiologie Clinique : dès 1896, il a présenté à l’Académie des observations radiologiques d’affections thoraciques ; en 1904 il a publié un Traité de Radiologie Médicale ; en 1896 il a installé un laboratoire de Radiologie dans son service hospitalier de la Charité. Guilleminot, qui dirige ce laboratoire, sera le Vice-Président de la nouvelle Société. Celle-ci ne veut pas rompre trop visiblement avec la Société d’Électrothérapie : Madame Curie et d’Arsonval seront membres d’Honneur ainsi que Oudin qui, avec Barthelemy, a réalisé en France, quelques jours après Roentgen, la première radiographie et qui a demandé à Henri Poincaré de la présenter à l’Académie des Sciences.

Les choses sont allées très vite : 10 décembre 1908, première réunion de réflexion ; 17 décembre, constitution du Bureau et rédaction des Statuts et du Règlement intérieur ; 28 décembre, première réunion du Bureau ; janvier, publication des Statuts ; 12 janvier 1909, première réunion de la Société, salle des Sociétés Savantes, rue Serpente, à deux pas de la Faculté de Médecine. C’est cette date du 12 janvier 1909 qui est la date officielle de la fondation de la Société qui s’appelle alors Société de Radiologie Médicale de Paris et qui se nomme aujourd’hui Société Française de Radiologie et d’Imagerie Médicale.

Antoine Béclère restera Président pendant trois ans. Georges Haret sera Secrétaire Général jusqu’en 1928 avec une interruption d’une année. La tradition de présidences courtes et d’un Secrétaire Général « perpétuel » restera la règle. Le Secrétaire Général est la cheville ouvrière de la Société, le maître d’œuvre de ses réunions ; les Présidents successifs tiendront presque toujours à laisser leur marque par une initiative importante.

Les relations entre Antoine Béclère et la Société resteront étroites. Après sa mort en 1939, ses enfants Claude et Antoinette fonderont le Centre Antoine Béclère. Antoinette Béclère en sera l’animatrice. Longtemps, les Secrétaires Généraux successifs lui feront, en quelque sorte, allégeance, solliciteront son avis et lui adresseront le programme et le compte rendu des réunions.

La compétence radiologique de Béclère ne saurait certes être contestée. On peut néanmoins remarquer qu’il avait la responsabilité d’un service médical hospitalier et qu’il avait confié la direction de son laboratoire de radiologie à Haret (le titre de radiologiste des hôpitaux n’existait pas encore). De même, le laboratoire de Bouchard était dirigé par Guilleminot. D’autres laboratoires étaient dirigés par des techniciens, spécialistes en photographie. De cette époque date une tradition qui a mis longtemps à disparaître ; les radiologues se sont considérés comme les brillants seconds des médecins avec lesquels ils travaillaient ; ces derniers ont considéré « leur » radiologue comme un féal. Longtemps, les ouvrages de radiologie ont eu comme premier signataire non pas un radiologue, véritable auteur du livre, mais le « suzerain » médecin.

Quant à la bataille entre radiologues et physiciens, elle s’est reproduite de manière récurrente tout au long du xx e siécle, chaque fois qu’est apparue une nouvelle méthode d’imagerie. « L’échographie n’utilise pas les rayons X. Pourquoi serait-elle l’apanage des radiologues ? » interrogeaient les physiciens ? « La tomodensitométrie, la résonance magnétique nécessitent des connaissances trop complexes pour les radiologues… » La Société Française de Radiologie a vaillamment mené le combat, motivé la communauté radiologique, suscité son enthousiasme et organisé un recyclage efficace.

Que deviendra notre Société au cours du XXe siècle ? Nous en reparlerons dans les prochains numéros du journal.

H Nahum, J Radiol 2009 ; 90 : 171-2.




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